La parole est un miracle, la vie aussi. N’oublie pas que tu ne vas pas mourir. (détail) – 2013 (série Des traces d’un corps en ligne)  – Papier (texte recopié à la main à partir de la retranscription intégrale des dialogues du film de Karl Dreyer, Ordet), barres en métal, fil rouge et noir en coton, scotch, fibre de verre, résine acrylique 405 (longueur) x 182 (hauteur) x 25 cm

 

Brigitte Roffidal redonne forme à certains textes, travaille la relation entre l’écriture manuscrite et le corps,  dispose ces mots sur de nouvelles structures. Elle semble lutter contre une matérialité en train de disparaître, réfléchit sur les changements de supports et de formes liés à l’écriture, accentue l’aspect charnel des éléments qu’elle utilise, dans un univers toujours proche d’une certaine spiritualité.

« J’ai commencé par m’interroger sur la distance que l’on parcourait en lisant le roman de Georges Bataille, Histoire de l’œil. J’ai découpé le livre, ligne par ligne, j’ai noué chaque fragment avec des nœuds rouges. J’ai enroulé ces cent trente-deux mètres autour de mon corps, je me suis emmaillotée ; je les ai portés telle une enveloppe, une enveloppe de mots obscènes qui cherchent à atteindre une certaine transcendance, pour toucher autrement à l’essentiel. J’ai mis cette seconde peau à l’horizontal : elle ressemblait à une relique, une relique de mon propre corps ? »

Dans son travail, la réparation prend toute sa place, les lignes sont scandées par des nœuds, qui reconstituent un sens, font apparaître un processus de création long, qui permet de rentrer dans un autre temps.

Ses œuvres prennent parfois la forme de sculptures, de monolithes, d’objets-reliquaires, d’installations, de photographies, de gravures ou de bandes de texte suspendues sur des barres en acier rouillé.

« Je m’interroge aussi sur la manière dont mon corps habite certaines de mes créations, sur ce que cela fait advenir. Entre l’habit-demeure, presque cocon, et la nudité de l’être venant du monde, il y a peut-être le linceul, l’amphore, l’armure, la couverture… que mes sculptures explorent comme une arme, avec une armée de mots pour creuser une autre relation au monde. »